Entretien avec Tim Aubry

photo de Tim AubryProfesseur à l’École de psychologie, Tim Aubry axe ses activités de recherche sur le logement, l’itinérance et les services communautaires de santé mentale. Il est aussi chercheur sénior au Centre de recherche sur les services éducatifs et communautaires de la Faculté des sciences sociales, qui s’emploie à réaliser de nombreux projets de recherche sur la santé mentale et l’itinérance en collaboration avec des organismes communautaires d’Ottawa financés par Centraide. C’est grâce à cette expérience que M.Aubry a pris conscience du rôle important de Centraide dans ce domaine.

L’année dernière, Centraide a amassé la somme considérable de 417000$ à l’Université d’Ottawa, ce qui place notre collecte de fonds au quatrième rang des campagnes en milieu de travail à Ottawa. Plus de 43% des employés ont versé une contribution personnelle moyenne de 350$, soit environ 15$ par paye. Cette année, la campagne à l’Université, qui a commencé la semaine dernière, compte amasser 420000$.

Parlez‑nous d’un projet réalisé avec l’aide de Centraide.

Tim Aubry: Un des projets auxquels nous avons participé et qui était financé par Centraide consistait à faire état de la situation des sans‑abri à Ottawa. Il y a environ cinq ans, notre Centre de recherche a collaboré avec la coalition l’Alliance pour mettre un terme à l’itinérance d’Ottawa, qui rassemble plus de 70organismes, afin d’élaborer un bulletin sur ce phénomène. Publié chaque année depuis 2004, ce document se veut un moyen systématique d’évaluer les progrès accomplis pour arriver à réduire et, espérons‑le, à éliminer l’itinérance dans notre communauté.

Notre Centre avait comme rôle de fournir à l’Alliance du soutien en recherche. Ce projet nous a été profitable entre autres pour la formation dont les étudiants ont bénéficié. Un groupe en particulier a procédé, dès le début du projet, à l’examen des comptes-rendus de recherche pour les bulletins. Il a également contribué à la rédaction de chaque édition annuelle du bulletin, notamment en ce qui a trait à l’analyse des données. Ce travail a également fait l’objet d’une publication universitaire corédigée par deux étudiants.

Le projet est‑il toujours en cours?

T.A.: Oui, l’Alliance prépare actuellement son sixième bulletin annuel, qui sera présenté en mars 2010. De plus, dix autres communautés canadiennes ont pris le projet en exemple et ont réalisé leur propre bulletin sur l’itinérance.

En quoi consiste exactement un bulletin et comment procède‑t‑on à sa réalisation?

T.A.: L’objectif d’un bulletin est de recueillir un ensemble d’indices pertinents liés à un problème particulier, par exemple l’itinérance, qui nous permettent d’évaluer les changements qui surviennent au fil du temps. Dans le cas du bulletin publié par l’Alliance, les indices qu’on suit d’année en année concernent le logement (p.ex.: le nombre de nouveaux logements abordables), le revenu (p.ex.: le revenu mensuel alloué aux bénéficiaires de l’aide sociale) et l’itinérance (p.ex.: le nombre de personnes différentes qui fréquentent les refuges d’urgence).

Qui fournit les données?

T.A.: Les données, qui relèvent du domaine public, proviennent de nombreuses sources, y compris la Ville d’ Ottawa, la Société canadienne d'hypothèques et de logement et divers ministères provinciaux. Le bulletin présente et interprète ces données, de même qu’il informe la population des efforts déployés à Ottawa pour contrer l’itinérance. Le document, présenté sous forme de brochure, est largement diffusé. On peut également le consulter en ligne au www.finitineranceottawa.ca.

L’Alliance se sert du bulletin pour renseigner et sensibiliser la population. Le document capte aussi une grande attention des médias tous les ans au moment de sa publication. Chacune des éditions comporte une série de recommandations sur les programmes et les politiques que l’Alliance croit nécessaires pour intensifier efficacement la lutte contre l’itinérance.

De quelle manière les étudiants participent‑ils aux divers projets financés par Centraide?

T.A.: Notre travail au Centre de recherche sur les services éducatifs et communautaires est axé sur la recherche menée au sein de la localité et vise à favoriser la mise en œuvre et l’amélioration des services destinés aux populations vulnérables de la communauté. Nous collaborons donc beaucoup avec des organismes communautaires financés par Centraide. Le travail entrepris de concert avec ces organismes est généralement effectué par des étudiants sous la supervision de professeurs du Centre. Ces étudiants proviennent principalement des deux facultés qui subventionnent le Centre, nommément celles des sciences sociales et d’éducation.

Les étudiants qui prennent part aux projets du Centre doivent accomplir des tâches liées à la recherche, à l’évaluation et à la consultation. L’expérience qu’ils acquièrent contribue grandement à leur formation. Pour certains, cela constitue un stage ou un internat. D’autres choisissent d’en faire le sujet de leur mémoire de spécialisation, ou encore de leur thèse de maîtrise ou de doctorat.

Quels apprentissages les étudiants peuvent‑ils tirer de ces projets?

T.A.: Au Centre de recherche, nous avons constaté que les organismes financés par Centraide offrent, plus que jamais, d’innombrables possibilités de formation. En plus de permettre aux étudiants d’acquérir des connaissances pratiques, ces projets peuvent également les mener à travailler dans le secteur communautaire une fois leurs études terminées. Depuis l’ouverture du Centre en 2000, plus d’une centaine d’étudiants ont participé à divers projets communautaires dans le cadre d’un stage, d’un internat, d’un projet de thèse ou d’un assistanat de recherche. Un certain nombre d’étudiants ont également pris part aux activités bénévolement.

Par exemple, un des projets récents a fait appel à deux étudiantes qui, pour leur thèse de doctorat, ont étudié les facteurs qui aident les sans‑abri à se sortir de l’itinérance et à réintégrer la société et ceux qui les en empêchent. Il s’agit de Rebecca Nemiroff et de Sophie Hyman, étudiantes en psychologie clinique, qui se concentrent respectivement sur les femmes et sur les jeunes. Pour ce projet, nous avons bénéficié d’un partenariat établi avec tous les refuges d’urgence et les relais-jeunesse de la ville.

Nous espérons que ces formations et ces travaux de recherche, en plus d’être une ressource inestimable pour les étudiants, aideront les organismes communautaires dans la réalisation de leur importante mission. Nous tenons à ce que ces derniers puissent profiter de notre coopération et, ce faisant, qu’ils nous aident à élaborer les questions de recherche au moyen de consultations. Il arrive aussi que des organismes ayant un projet de recherche précis en tête fassent appel au Centre et que nous les aidions à le réaliser.

 

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Dernières modifications : 10/15/2009